Regard citoyen sur l'actualité
Lectures critiques et subjectives

lundi 28 janvier 2013

L'immonde tentation (7/10)


Publication d'une nouvelle inédite en dix billets (...)


Mathilde ne peut y trouver le moyen de reculer tant c’est aussi sa folie qui se pare, ainsi, de cette combinaison complexe entre la couleur des choses et de leurs ombres. Car au fond cette ambiance matinée de gris où tout est à deviner par le jeu des nuances entre noir et blanc est à l’image de l’âme tourmentée de cette femme en passe de céder à l’impensable.
Ses pas épousent la discrétion qui sied à son attitude prédatrice. Il n’y a face à elle qu’une scène jouée par deux enfants à l’innocence condamnée au sacrifice. Drôle de renversement des valeurs qui caractérise aussi sa folie. Dans son esprit malade les individus qui lui sont le plus chers ont subitement perdu toute importance. Dégringolade brusque de la valeur des autres rappelant, tristement, cette chute morale que son acte en devenir ordonne d’accepter.
Bruno, son premier jumeau, fait des mouvements de balancier avec son tronc, comme pour se donner de l’élan face à l’écran. Hyperactif depuis sa naissance, l’enfant ne peut décidément jamais s’arrêter de bouger même lorsqu’il s’agit, pour lui, de rester immobile face à un écran. Plus en retrait de son frère, Christophe tue, lui, sa frustration en se mordant les lèvres sans arrêt. Les deux frères se parlent, parfois. 

lundi 21 janvier 2013

L'immonde tentation (6/10)


Parution d'une nouvelle inédite en dix billets (...)



Les gouttes de pluie viennent s’écraser sur ses fenêtres, elle les entend. Mathilde n’est en rien sortie de sa folie, bien au contraire elle s’y enfonce à trop y laisser s’introduire les arguments du temps. Avec l’orage est venue, certes, la pluie mais c’est surtout l’obscurité qui s’invite comme un cadre de réalité terriblement incitatif. Au sombre de ses intentions correspond maintenant l’obscurité orageuse d’une fin de soirée d’été.
Mathilde, bousculée par tant et tant de bon sens d’apparat, entend ses fils dans l’autre pièce. Ils jouent à la console dans un silence assourdissant que parfois quelques cris viennent rompre. C’est cette dernière agression qui la somme d’enfin agir. Son couteau de boucher arme encore sa main droite. Elle pose le torchon maculé de sang qui jusqu’à présent lui servait à chasser les gouttes de sang étrangères à celui qu’elle s’apprête, follement, à aller faire couler.
En débouchant dans le salon ils ne la voient pas, obnubilés qu’ils sont par leur jeux. Et elle qui n’a toujours pas trouvé les armes pour faire enfin reculer ses ignobles pulsions de mort. Plongée dans le noir la pièce n’est éclairée que du simple éclairage de l’écran de télé allumé. Que cette triste scène tout juste animée par cette succession de clair-obscur semble à la mesure du drame qui s’annonce. 

lundi 14 janvier 2013

L'immonde tentation (5/10)


Parution d'une nouvelle inédite en dix billets (suite...)



Le temps s’est accéléré et avec lui l’amnésie de ses raccourcis. Mathilde se serait adjoint le plus bienveillant des alliés si elle avait pu compter sur sa mémoire. Mais devant tout ce qui l’agresse son cerveau n’imprime plus rien d’autre de ce qui lui est immédiat. Ses souvenirs s’arrêtent là, à l’endroit qui les a vus naître  Mathilde, engagée dans le tunnel de sa folie, finira par y céder aussi pour ça. Tout simplement parce qu’une hallucination, plus particulièrement meurtrière, ne vous fait grâce d’aucun répit ni d’aucune aide. Toute référence de jugement servant à en apprécier la véracité n’a, au mieux, qu’un dixième de minute de recul.
Deux minutes se sont encore écoulées et elle qui tortueusement s’interroge pour savoir s’il lui faut y aller. Temps exceptionnellement long pour une impulsivité meurtrière en voie d’accomplissement.
Mathilde sent, au dehors de toute cette mélasse psychologique, que l’orage a fini par venir jusqu’au dessus de chez elle. Avant qu’elle ne plonge dans les méandres de sa folie le tonnerre pouvait encore se penser comme lointain, mais maintenant plus aucun doute n’est permis, même pour elle qui semble plonger dans un gouffre d’incertitude. 

lundi 7 janvier 2013

L'immonde tentation (4/10)

Parution d'une nouvelle inédite en dix billets (suite...)


Déjà trois minutes que ses pensées divaguent entre ses certitudes et ses instincts assassins. Plaisamment Mathilde se satisfait d’en être arrivée à ce point d’égarement précédant le grand saut dans le précipice de la folie. Cet instant d’affrontement opposant la possible certitude et la pure inspiration de sa folie, c’est là que sa décision s’est cristallisée pour son plus grand malheur. Là est sa torture morale tout autant que son dilemme comportemental. Agir sur la base d’une confusion qu’un nombre de plus en plus restreint d’arguments parvient à confondre. Ou alors écouter cette petite voix qui l’invite à la retenue vis-à-vis de ce qui lui semble frappé du sceau de l’objectivité.
Toute sa folie est ici présente, comme dessinée dans ces interstices trompeurs. Si elle l’égare c’est à la force d’une capacité de recomposition du plus efficace effet. Car Mathilde put combattre les premières envies la poussant à croire qu’effectivement on cherchait à lui faire du mal, mais peu à peu elle dut céder tant le déferlement d’indices attestant de sa mise en danger fut incontrôlable.