Regard citoyen sur l'actualité
Lectures critiques et subjectives

lundi 24 décembre 2012

L'immonde tentation (3/10)


Parution  en dix billets d'une nouvelle inédite...

Une dernière fois elle essuie sa lame, son torchon rougit un peu plus du fait de l’absorption de tout ce sang qui s’y trouvait encore. Son sourire n’est plus seulement là en signe de sérénité. Il y a maintenant bel et bien une perversité dans ses rictus terrifiants.
Elle revoit dans sa tête pour la énième fois tous ces fantasmes destructeurs qu’elle cherche à concrétiser en acte.
Que son apaisement sera grand dès lors que son sombre fantasme de mort se sera réalisé !
Toute sa folie est là dans ce mélange confus entre ce qui ne fut que le simple geste anodin d’une ménagère et tout ce qu’elle s’apprête à en tirer comme expérience assassine. Si la lucidité la frappe encore c’est uniquement de façon instrumentalisée. Ses fulgurances de réalisme ne sont déjà plus en lien avec son véritable cadre de réalité. Elle ne voit tout autour d’elle  qu’une suite d’impressions faussement sincères cherchant à la convaincre de la façon la plus factice qui soit. 

lundi 17 décembre 2012

L'immonde tentation (2/10)




Parution en dix billets d'une nouvelle inédite:


Sur le plan de travail qui lui fait face une énorme pièce de viande fraîche dresse le constat des coups violents que sa furie armée peut infliger à un simple bout de chair. Les raisons de sa sérénité inquiétante se trouvent là sur cet étale précaire, monté dans sa cuisine le temps d’avoir à découper un simple quartier de bœuf.
Pour le moment sa hache de boucher n’a pu trancher que cette victime de substitution. Elle rêve tellement d’avoir sous sa lame une chair beaucoup plus humaine qu’elle commence à tout confondre. Le plaisir destructeur d’une lame s’enfonçant dans le mou d’une masse faite de viande ne peut, pour elle, se laisser limiter par de simples considérations morales. Passer de la découpe au meurtre ne souffre d’aucune espèce de retenue. Ses fantasmes macabres agissent en sa conscience avec le plus extraordinaire pouvoir de confusion. Mathilde ferme un bref instant les yeux en guise de plein accomplissement de soi face à tout ce plaisir qui s’annonce sitôt qu’elle aura trouvé le courage de s’exécuter. 




lundi 10 décembre 2012

L'immonde tentation (1/10)



Parution en dix billets d'une nouvelle inédite (début...)

Le ciel s’obscurcit, l’orage menace, mais bizarrement Mathilde est sereine. Appliquée, le sourire aux lèvres, elle frotte avec un torchon de cuisine rose la lame tranchante d’un couteau de boucher.
Cette confusion des couleurs entre le rose pale du torchon et le rouge vif du sang qu’elle chasse a comme un effet euphorisant sur elle. Un peu à la manière d’une toile de maître vous basculant dans un autre monde par le simple renfort d’un contraste savant, Mathilde est en passe de s’inviter vers un ailleurs qui tout à la fois l’attire et l’effraie.
Le temps qui gronde dangereusement semble être un rappel extérieur à cette irrépressible colère assassine qui la manipule. A nouveau ses démons agissent en son for intérieur. Ces jeux de couleur ne furent que l’avant goût d’un carnage aux mille nuances qu’elle appelle, tristement, du fond de son inconscient malade. Cet orage qui s’avance l’incite à la plus noire des attentes prochaines. Et ce couteau de boucher luisant de ses gouttes de sang terriblement évocatrices du soulagement qui serait sien sitôt sa folie éteinte.

vendredi 7 décembre 2012

Parution de Ce(ux) qui reste(nt): extrait n°4

Chapitre Un (suite...)


Un centre ville superficiellement agité offre à ce lieu de repos l'apparence d'une impossible importance. Puérilement, chacun aime se rendre chez Larry, l’un des seuls coiffeurs de l'endroit, afin de se faire le témoin, hypocrite, des dernières confessions volées. Plus haut dans la Main Street un armurier s’enrichie sur la peur de cette communauté facilement impressionnable. Les loyers, souvent prohibitifs, sont à la mesure de ce trop plein rassurant de fausses promesses.
Mais le malheur, en s’invitant ici, allait se charger de tous les rappeler à l’ordre : on n’est épargné par la souffrance que le simple temps d’un songe à l’échelle de toute une vie.