Regard citoyen sur l'actualité
Lectures critiques et subjectives

vendredi 9 septembre 2011

Lybie : qui pour gouverner maintenant ?

Reproduction de mon article paru sur Agoravox le 22 aout 2011:

Les rebelles libyens entrés dans Tripoli sont porteurs d’un extraordinaire espoir pour la Lybie. Mais l’après Kadhafi venant à se préciser la question de sa suppléance définitive ne manquera pas, à coup sûr d’apparaitre comme la question centrale du cas libyen dans les années à venir.

La Libye ouvre une nouvelle page de son histoire et présumons que cette dernière ne sera pas la plus simple de toutes. Car une fois Kadhafi renversé et sa famille enfermée qui pour gouverner la Lybie ? S’en remettre au seul conseil de transition devra tenir compte de l’aspect très hétéroclite de ce dernier, jusqu’à présent uni face à la perspective du renversement de Kadhafi ; mais qui va, maintenant, devoir affronter la question de la pratique effective du pouvoir. Ainsi s’amorce pour le CNT ainsi que pour toutes les chancelleries lui ayant apporté leur soutien une question essentielle :
Existe-t-il une figure sortie de l’opposition apte à faire consensus dès maintenant ?

Un évident déficit politique venant à la relève de l’ancien régime

Car certes des hommes politiques ont déjà émergé au cours des quatre derniers mois libyens, mais aucun qui puisse réellement emporter toutes les fidélités.
En effet Moustafa Abdeldjeil, qui préside le Conseil national de Transition (CNT) n’est guère plus que le leader d’une coalition faite d’éléments disparates et concurrents. De plus Abdeldjeil souffre de ses années passées à servir le régime de Kadhafi, source de suspicion compréhensible chez les rebelles obsédés par l’idée de solder pour de bon les années sombres.
On peut aussi citer Ali Tarhouni. Homme de réseaux diplomatiques revenu il y a peu de son exil étasunien pour occuper le poste de ministre du Pétrole et des Finances de la rébellion. Chez lui c’est beaucoup plus cette trop grande prise de distance, tant géographique qu’en termes de risques pris dans le passé, qui pourrait finir de le discréditer.
Mahmoud Jibril est en quelque sorte une synthèse des deux premiers noms cités. Comme Tarhouni il a su cultiver ses soutiens diplomatiques ; mais ancien responsable chargé du développement sous Kadhafi il ne saurait apparaitre pour légitime à nombre de rebelles.
On le voit donc, va certainement se jouer une lutte d’influence intra-rébellion entre les opposants de longue date et les ralliés de fraiche date, et ce sur fond de tentation, pour l’étranger, d’amener dans ses bagages l’homme providentiel. Seulement rappelons nous que là n’est jamais la solution comme l’illustrent les précédents afghan (pour Hamid Karzai), ou irakien (pour Talabani).
Ultime solution pour les libyens l’entente pragmatique opérée sous la férule des milieux économiques. De ce coté ci un nom pourrait s’imposer : celui de l’ancien premier ministre Chokri Ghanem. L’homme, ancien cacique du régime Kadhafi, n’emporterait pas toutes les adhésions, mais y-a-t-il d’autres solutions, tant l’équation de la légitimité politique dans la Lybie post-Kadhafi semble insolvable ?

Le précédent irakien pour garde-fou

Dans l’impossibilité de trouver toutes les qualités réunies en un seul homme tachons de trouver celui qui en satisfasse le plus grand nombre possible.
Source d’insatisfaction pour nombre de libyens souhaitant une éradication maximale des années noires, oui certes. Mais aussi et surtout chance offerte à la Lybie d’éviter les erreurs irakiennes de 2003. Car dans l’Irak de Paul Bremer c’est bel et bien les purges faites au sein du Baas et de l’armée qui avaient poussé ouvert le pays dans le gouffre où il se débat encore.


Grégory VUIBOUT le 22 Aout 2011

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