Regard citoyen sur l'actualité
Lectures critiques et subjectives

vendredi 9 septembre 2011

Le dilemme syrien de l’administration américaine

Reproduction de mon article paru sur Agoravox le 19 avril 2011:
La Syrie n’en finit pas de s’agiter et face à cette énième révolte arabe, l’administration Obama semble comme anesthésiée et craintive. En cause des contraintes de politique intérieure, bien sur, mais pas uniquement. C’est, qu’à bien des égards, le cas syrien paraît être exceptionnellement  compliqué à traiter pour un pays, qui derrière le vent démocratique arabe, se soucie, en priorité, de sa toute puissance diplomatique.
 
Pour le moment silencieuse, l’administration américaine regarde avec appréhension l’aggravation de la situation en Syrie. Considérée par beaucoup d’observateurs comme indispensable à toute logique de stabilisation du Moyen-Orient, la Syrie reste un acteur important du Moyen-Orient.
Car, de fait,  si elle venait à s’embraser, la Syrie serait potentiellement vecteur d’une bien plus grande secousse que toutes celles déjà survenues dans le monde arabe depuis plusieurs mois, Egypte compris.
Conscient du problème l’administration Obama tergiverse sur l’attitude à adopter. Le contexte intérieur américain de pré-campagne électorale dans un pays déjà engagé sur 2, voire 3 fronts militaires, jouant, lui aussi son rôle complexifiant.
Car une aggravation des troubles en Syrie pourrait très fortement lézarder l’influence régionale américaine, et ce sur plusieurs points. 

Les dernières chances de paix israélo-palestiniennes

Tout d’abord la chute du régime alaouite ferait, presque assurément, voler en éclat les derniers espoirs de paix au Moyen-Orient. Le conflit israélo-palestinien est, plus spécifiquement, dans la mire de cette éventualité. En effet les Etats-Unis s’activent, depuis deux ans, à convaincre Damas de s’impliquer dans un accord de paix avec Israël, en se désolidarisant, en particulier, de l’allié iranien. S’engouffrant dans la brèche de ce très significatif précédent historique d’autres pays arabes, pourraient, eux aussi, se rapprocher de l’Etat hébreux.
Car là est le paradoxe de l’importance syrienne pour les américains. C’est en réponse à l’arrêt des menaces que le régime syrien fait peser sur la région et ses voisins que le pays aurait à devenir un acteur de très grande importance pour la région. Et ce tant par le pacifisme nouveau qu’il incarnerait que par le précédent de pacification qu’il assumerait aux yeux de ses voisins.
Poursuivant, on voit donc que la déstabilisation de l’actuel régime syrien actuel, pourrait certes démocratiser le pays, mais ce faisant elle lui retirerait tout ce qui géopolitiquement peut expliquer sa valeur aux yeux des américains.

Isoler l’Iran au risque de sa plus grande violence

Mais les troubles actuels en Syrie laissent l’administration américaine face à un autre dilemme : celui du gain le moins risqué qu’il faut en attendre. En effet la Syrie reste, encore aujourd’hui, un allié d’importance pour l’Iran. Tout affaiblissement du régime des Assad revient donc à porter atteinte à l’Iran. Les Etats-Unis ont bien évidemment identifié cette possible victime indirecte des troubles en Syrie. Mais le régime des Mollahs, s’il était acculé à toujours plus de solitude, n’en deviendrait-il pas plus dangereux et désespéré pour autant ?
Ce qui apparait comme un gain pourrait, en réalité, se transformer en complexification des rapports de force traversant la région.
Poursuivant sur la déliquescence de l’axe Damas-Téhéran, certains experts américains font la démonstration, convaincante, que si Bachar El-Assad tombe, le Hezbollah (troisième force du jeu iranien) pourrait, lui aussi disparaitre.
Là encore qu’en attendre en terme de nouvel dangerosité politique pour la région ?

Le piège a posteriori du précédent libyen

Sur la question syrienne, les Etats-Unis sont d’autant plus  craintifs qu’ils ne disposent que de peu de moyens pour infléchir le cours des choses.  Seul arme utilisable et utilisée jusque là : l’arme diplomatique. Inquiets les Etats-Unis ont pressé leur nouvel ambassadeur à Damas, Robert Ford, d’en appeler, auprès des responsables syriens, à cesser de tirer sur les manifestants.
Car là est le risque : que les manifestations dégénèrent et le régime peut faire plus que vaciller en tombant. De même que la situation s’aggrave et le régime syrien pourrait se laisser  tenter par  la répression massive, comme ce fut le cas en 1982. Hafez El-Assad avait alors ordonné une répression ayant fait  au moins 10000 morts à Hama.
Dans le cas, extrême, où un tel fait se produirait les Etats-Unis ne pourraient définitivement plus soutenir le régime en place.
Se dresserait alors un autre précédent : le précédent libyen.
En effet si le régime syrien en arrivait à l’arme de la répression massive, comment les Etats-Unis pourraient-ils justifier leur absence d’intervention, eux qui ont accouru à  Benghazi il y a encore peu ?
Ainsi s’affirme le casse-tête syrien pour le gouvernement américain. Encourager les manifestants revient à mettre en péril un régime, qui sous sa forme intransigeante actuelle, lui est utile. Alors que pousser le régime syrien dans la voie de la répression comporte le risque du reniement démocratique, tout comme celui d’avoir, potentiellement, à rouvrir un nouveau front, selon les logiques ayant prévalu il y a peu en Libye.  

http://www.rue89.com/explicateur/2011/03/30/pourquoi-la-revolte-en-syrie-peut-chambouler-le-proche-orient-197718
http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2462914&rubId=4077
http://www.europe1.fr/International/Syrie-les-Etats-Unis-pressent-al-Assad-505001/
http://www.marianne2.fr/Syrie-la-revolution-etouffee-dans-l-indifference-internationale_a205002.html
http://jeanmarcelbouguereau.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/04/18/le-courage-et-les-ambiguites-de-la-revolte-syrienne.html
http://www.europe1.fr/International/La-revolte-syrienne-a-la-loupe-474987/

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