Regard citoyen sur l'actualité
Lectures critiques et subjectives

vendredi 9 septembre 2011

Affaire DSK: de la présomption d’innocence aux reniements du PS

Reproduction de mon article paru sur Agoravox le 23 mai 2011:

assés les premiers instants de stupéfaction qui autorisent les déclarations les plus folles, le PS aurait du nous présenter des commentaires un peu plus consistants sur l’affaire DSK. Au lieu de ça, il continue avec les explications de défausse et les postures d’hypocrisie. Avec, à terme, le risque, déjà planant, d’un triple reniement idéologique par rapport à ce qu’il nous dit de certains autres sujets depuis des mois, voire des années.

Une manifestation féministe ce week-end est venue le rappeler : lorsque les membres les plus hauts placés du PS défendent Dominique Strauss-Kahn c’est, bien souvent au prix d’un reniement idéologique d’autant plus problématique qu’il semble inconscient.
Et de fait qu’on en juge : le PS, incontestable héritier des mouvements idéologiques pro féministes visant à tenir compte de la parole des femmes victimes, supposées ou réelles, d’agression sexuelle, se trouve représenté par des personnalités qui n’ont cessé, dans l’affaire Strauss-Kahn, de faire le contraire.
La négation des souffrances de la victime éventuelle
De l’assaut en « émotion » de Ségolène Royal, parfaite dans sa défense de DSK, de l’aveu même de certains strauskahniens ; à la défense de Martine Aubry parlant d’un DSK à coup sur « innocent », les femmes du parti ont, elles aussi, été dans ce déni idéologique.
Les hommes de la rue de Solferino les ayant, très largement, dépassé dans ce qui peut s’appeler une invocation d’innocence fondée sur le déni des souffrances caractérisant la victime, éventuelle, de l’ancien directeur du FMI.
Car pour Jack Lang il « n’y a pas mort d’homme », puisque si les faits sont avérés il ne s’agit que du simple viol d’une femme. Robert Badinter ou Jean-Christophe Cambadélis, moins sur le fond admettons le, n’en finissent pas de parler des souffrances de DSK, « livré aux chiens » du jeu médiatico-politique, comme aurait pu le formuler François Mitterrand.
Et encore nous arrêterons-nous au PS pour ne pas déborder sur ses « compagnons de route » comme Jean François Kahn et BHL. Rajoutons à cette liste Eva Joly ; pour qui, oh surprise, la justice américaine s’est montrée, à juste titre reconnaissons lui, violente dans cette affaire. Drôle d’aveux de la part d’une ancienne passionaria de la garde à vue à répétition.
Catastrophe du coté des verts qui, ce week-end, s’empressèrent d’exiger d’elle qu’elle se montre un peu plus à l’écoute des souffrances de la victime, éventuelle, de Dominique Strauss-Kahn.
Ouf tout va bien à gauche, maintenant qu’on a eu un petit mot pour la victime (que même Martine Aubry dû, ce week-end, concéder), on peut retourner à sa dénonciation des malheurs de DSK.
Mais là n’est que l’unique reniement que cette affaire exige du PS et de ses membres.
Au moins deux autres existent.
Les qualités ou les défauts du système judicaire américain à reconnaitre ou à taire
Tout d’abord celui concernant les conditions d’une éventuelle relaxation de DSK qu’ils appellent tous de leurs vœux. Car DSK reconnu innocent voilà une éventualité qui ne s’atteint que de deux façons. Soit en réponse à une innocence réelle, soit en réponse à un procès suffisamment sale, quant aux méthodes employées par la défense, pour initier le doute dans l’esprit des jurés.
Dans les deux cas la contorsion idéologique sera difficile pour le PS, qui, il y a peu de temps encore, refusait la réforme voulu par le président de la République visant à supprimer le juge d’instruction pour se rapprocher d’une procédure plus accusatoire, un peu sur le modèle américain.
Car Strauss-Kahn innocent voilà une conclusion possible à cette affaire qui ne s’obtiendra qu’en réponse aux qualités d’un système judiciaire que le PS devra reconnaitre, ou bien en réponse à ses défauts, qu’il lui faudra taire, puisqu’ils auront fait acquitter DSK.
Difficile équation pour le PS que celle d’admettre que le système judiciaire qu’il ne veut voir importer en France peut avoir des qualités. Lorsque ses défauts pourraient servir à innocenter son plus beau poulain.
Du possible complot à un dénigrement implicite de DSK
Mais un autre reniement frappe le PS dans cette affaire : celui des qualités d’homme d’Etat de DSK. Car dans sa logique de proclamation d’innocence au sujet de DSK le PS  a pu utiliser une autre technique de défense, tout aussi négatrice des souffrances de l’éventuelle victime : la thèse du complot.
En perte de vitesse dans les interventions des membres du parti, l’hypothèse a encore des ressorts. Dernier exemple en date sur la question : la sortie, délirante, de Claude Bartolone lors de son passage sur RTL la semaine dernière.
Selon le député de Seine Saint-Denis cette histoire ne serait que le résultat d’un complot organisé par les russes, et surtout Poutine, bien évidemment, qui ne voulaient plus de DSK à la tète du FMI.
Claude Bartolone en est sûr et avance même l’idée que DSK aurait prévenu ses « lieutenants » en ce sens il y a presque trois semaines.
Logique de défense très bizarre consistant à dire qu’un homme connaissant son point faible pour les femmes, de l’aveu même de Jacques Julliard qui a déjeuné avec lui fin avril, et se sachant possiblement viser par un complot pouvant utiliser cette faille ; finissant in fine par en être victime.
Ici est le point faible de la théorie du complot : elle accrédite l’idée que DSK était si prévisible et dépendant de ses débordements qu’il a finis par y céder. Seule façon d’expliquer comment un homme tombe dans un piège qu’il pressentait devoir lui être tendu.
Bref en cherchant à innocenter Dominique Strauss-Kahn par l’hypothèse du complot on en arrive à le décrire comme inapte à un certain control de lui-même, et donc par ricochet à une certaine aptitude à gouverner les autres ; pour lui supposément incapable de se gouverner lui-même.
Bref trois reniements pour le PS lorsqu’il défend Strauss-Kahn : celui sur la souffrance des victimes à respecter, celui sur l’absence de qualité du système judiciaire américain que Sarkozy voulait adapter à la France, et ce dans le cas d’une relaxation de Strauss-Kahn. Et enfin celui sur les compétences intellectuelles et managériales de l’homme DSK, et ce dans l’hypothèse voulant qu’il soit tombé dans un piège, dont il pressentait tout.
Postures d’autant plus problématiques pour le PS, qu’elles semblent appelées à s’aggraver. Malheureusement !


Grégory VUIBOUT

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