Regard citoyen sur l'actualité
Lectures critiques et subjectives

vendredi 22 décembre 2017

L'inversion des coupables, nouvelle inédite (3/3)

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J’avais une première hypothèse pour expliquer comment Sonia de Prémon avait eu vent de mes filatures contre son homme de main : Mathilde, sa voisine, avait pu lui en parler, comme ça, insidieusement, comme il arrive à deux voisines de discuter de leurs malheurs. L’hypothèse prenait corps puis très vite cessait de pouvoir être : Mathilde n’était pas très bavarde à écouter la concierge. Seul Gaspard donc avait pu parler. Je l’avais vu une fois, il avait la corpulence, l’allure, l’apparence même de l’homme qui harcelait le couple. Ce pouvait être lui le coupable complice de Sonia dans cette malheureuse affaire. Il me fallait pourtant mieux m’en débrouiller de cette hypothèse. J’avançais dans mon enquête, me renseignais un peu plus sur Gaspard, je découvrais sa vie passée, le fait qu’il avait eu une relation avec la propre mère de Mathilde, lorsque cette dernière habitait l’appartement même du couple. En effet, c’est suite à une donation volontaire de Clarisse, la mère de Mathilde, que le couple avait emménagé là, d’où peut-être l’attachement de Mathilde pour cet appartement et, tout au contraire, la répulsion que ce dernier inspirait à Gaspard.
Pour clore tout ça, je sonnais chez Mathilde un mercredi matin, vers 8 h. Gaspard infirmier de nuit était absent. Je m’expliquais mieux ce harcèlement : Gaspard y participait chaque matin à son retour de l’hôpital. Déjà je m’éprenais de Mathilde, de sa douceur, des traces évidentes de sa souffrance, me sentant très vite coupable d’avoir osé rire de tout ça, lorsque j’envoyais stupidement mes lettres.
Elle tombait des nues en apprenant ce que je savais de cette histoire. Forçant Gaspard à tout lui avouer, il ne put qu’admettre sa participation au harcèlement sur l’ordre même de Sonia qui disait avoir des photos de lui embrassant Clarisse. Pour récupérer l’appartement, Sonia le faisait chanter pour qu’il force Mathilde à revendre l’appartement.
Ce fut là le début de notre histoire avec Mathilde qui ne voulut plus jamais revoir Gaspard bien qu’elle refusa de déménager.

FIN





jeudi 21 décembre 2017

L'inversion des coupables, nouvelle inédite (2/3)

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Ma petite enquête faite auprès de la concierge très vite me donna le fin mot de l’histoire : à l’origine de tout ça, il y avait une femme : Sonia de Prémon, voisine vivant dans l’appartement du dessus. Sonia de Prémon avait pour but de récupérer l’appartement, histoire d’agrandir le sien après d’importants travaux.
Petite histoire sans conséquence, querelle entre voisins, m’étais-je dit en découvrant le pourquoi à ce jeu sans grand intérêt. Ce fut là ma première réaction, comme une sorte d’amusement grave.
Spectateur de la chose, espion du harceleur que chaque matin je regardais faire, de loin ; je prenais vite le parti d’en rire de cette chose. Je commençais à appeler Mathilde et Gaspard en pleine nuit, histoire de me faire passer pour leur maître chanteur, je leur postais mes propres lettres où j’y demandais de drôle de choses, comme le fait de savoir s’il avait aimé mes lettres, s’ils les avaient reçues, ce qu’ils en pensaient en termes de style, s’ils en voulaient d’autres. À la longue, je trouvais un mérite à ces gamineries : elles m’aidaient à vaincre la culpabilité de savoir une chose que je ne pouvais dénoncer. Y réfléchissant aujourd’hui à cette drôle de puérilité, je pense même avoir trouvé dans tout ça une façon d’agir, histoire de les aider, eux, Mathilde et Gaspard, à qui je n’avais jamais parlé. Qu’on se mette à rire de leur harcèlement, y chercher quelques ironies même, tout ça était de nature à les aider, histoire qu’il tienne le coup, façon de leur montrer qu’il n’y avait derrière ça que beaucoup d’amateurisme et énormément de méchancetés.
Me restait un doute pourtant : l’homme qui postait toutes ces lettres ne semblait pas habiter l’immeuble où tous les jours je le voyais entrer après l’avoir suivi. La concierge me renseignait : il devait s’agir d’un homme louant une place de parking. La chose était courante dans l’immeuble me disait-elle. En effet, le 31 de l’avenue Apollinaire était l’un des seuls bâtiments du quartier à avoir un parking en sous-sol. Une véritable économie de la location non déclarée s’était mise en place au grand regret des résidents et de la concierge. Après trois semaines de vaines filatures, je décidais donc d’attendre mon homme dans le sous-sol. Vers 6 h 45, une Clio rouge arrivait : c’était lui, il partait faire son dépôt de lettre. Pendant ce temps, je relevais sa plaque. Vers 7 h 20, l’homme repassait chercher quelque chose à sa voiture puis il partait pour le 17 rue Feuillée, là où habitait le fils de Sonia de Prémon.
Alors moi, toujours lâche, je reprenais la ronde des lettres envoyées à Mathilde Fostin. J’y racontais la vie de sa voisine, celle de ce drôle d’homme travaillant pour elle, celle du fils de Prémon. Elle ne devait pas y comprendre grand-chose, j’avoue. Mais c’était ma façon de lui expliquer ce que j’avais compris.


Étrangement, les lettres cessaient assez vite après cela. Notre homme toujours entrait dans le hall du 10 avenue Raquin tous les matins, il y procédait à quelques dégradations sur la boite aux lettres du couple. Une fois, montant dans les étages après son passage, je voyais qu’il pouvait aller jusqu’à déverser des poubelles sur le palier du couple. Je commençais à mieux cerner toutes les arcanes de cette drôle d’histoire. Que les lettres cessent alors que j’avais eu à écrire au couple pour leur faire comprendre que quelqu’un suivait l’homme qui les harcelait était la preuve que l’information était arrivée jusqu’à Sonia de Prémon qui en retour avait fait cessé l’envoi de lettre, mais pas le harcèlement. Elle l’aménagerait, tout simplement ; le rendant comme incapable à tracer, sans preuve aucune à pouvoir garder. 


Suite le 22/12/17...