Regard citoyen sur l'actualité
Lectures critiques et subjectives

vendredi 15 septembre 2017

Auteur préface

Participation avec Anthony Rigot à la rédaction de la préface du livre Danton, éloquence et Révolution, paru aux éditions Myriel en septembre 2017.

Voir site Myriel



mardi 12 septembre 2017

L'inconnue, nouvelle concours Marie Buttlar

Nouvelle présentée pour le concours Marie Buttlar. Thème libre. Titre de la nouvelle: l'inconnue:





Les panneaux de la gare sont chargés de tant d’informations que pour trouver le numéro du train, il doit un peu plus s’avancer. C’est un samedi après-midi, jour de départ en vacances en plus, un début juillet pour être précis. Le hall d’accueil est bondé. Gilles, grand en prestance, homme à la corpulence massive, brun de cheveux, mat de peau ; de grands yeux noirs fixant le tableau des arrivées, tête en l’air, l’attitude d’un homme avançant sans trop se rendre compte qu’à mesure qu’il marche on l’esquive, les autres se chargeant de l’éviter, de faire en sorte qu’entre eux et lui la collision ne se fasse.
Il croit avoir trouvé l’information qui lui manquait, ne lui reste qu’à trouver le quai n°12. Son attention revient à ce qui l’entoure, il ne regarde plus le grand tableau lumineux. C’est ainsi qu’un peu plus loin, à une centaine de mètres,  guère plus, là-bas, tout à côté d’une boulangerie, d’un libraire, il aperçoit un couple exécutant une drôle de danse, appelons ça comme ça. Il s’en approche, soucieux de discrétion. Cette femme, grande silhouette toute en allure, de longs cheveux blonds, une beauté évidente, l’attire. De là où il est impossible de voir son visage, tant le nombre des obstacles à sa vue est multiple.

À côté d’elle, passant repassant tout autour de sa personne, satellite humain gravitant autour d’un astre de chair, il y un homme portant une caméra. Tous ces mouvements périphériques gâchent la vue de notre observateur, c’est surtout à cause de cet intrus virevoltant qu’il ne peut la voir, elle, avec plus de précisions. L’intrus lui parle, la filme ; fait tout pour tenir conversation malgré le brouhaha. Ils forment comme un couple siamois, le mouvement de l’un venant en complément à celui de l’autre ; l’effort en synchronisation revenant, surtout, il faut le dire, à l’intrus ; moustique au gabarit d’homme de sa formidable mobilité venant jusqu’à elle lui couper souffle, arrivant par le côté, la filmant de face, en contre-plongée, entre deux paroles ; l’épuisant.

Elle rit souvent à ce qu’ils se disent. On croirait un reportage télé, une immersion qui se filme dans le quotidien des jours d’habitude d’une starlette réclamant notoriété. Lui, de sa caméra portée, ne donne qu’assez peu de son image à qui regarde la scène. Il est de taille moyenne, c’est sur cet indice qu’on devine son interlocutrice très grande pour une femme ; il porte un vieux jean délavé, des baskets crasseuses ; ses cheveux coupés très courts dessinent un début de calvitie prononcée.

Gilles, circonspect, intrigué même, les suit. Un court instant, le caméraman passe devant elle, c’est en marchant à reculons qu’il lui parle, qu’il la filme. Ils semblent en train de quitter la gare. Nul regret chez Gilles à cet instant de toujours continuer à les suivre, de loin, pour que l’on ne l’en remarque pas. Il va vers une irrépressible envie de savoir, de comprendre, de connaître aussi, de la découvrir, elle, qu’il devine possible objet de sa tentation.

Brusquement, quelque chose tombe de la poche de la fille. Le caméraman tout à sa tâche ne voit pas, n’entend pas que l’objet est tombé. Ils continuent comme si de rien. Gilles, lui, presse un peu le pas. Ils tournent dans une rue ; arrivé près de l’objet tombé Gilles le ramasse, le fourre comme si de rien n’était dans sa poche ; puis il les rattrape grâce à une autre de ces accélérations dont il rythme sa filature. Vite, un rapide coup d’œil sur l’objet qu’il ressort subrepticement : c’est un petit carnet noir, certainement du genre de ces pense-bêtes bien utile pour y relever quelques notes, quelques observations à la volée.

Toute cette drôle de scène se passe à Versailles. Bientôt, ils arrivent près du 34 rue de Noailles. Il y a là un immeuble dans lequel pénètre la fille, mais pas le caméraman. Ça y est, Gilles y est trop bien dans le secret de ces filatures pour ici cesser la traque : il laisse la femme, pensant que c’est ici qu’elle habite, pour suivre le caméraman, façon de s’expliquer cette drôle d’histoire.

Le caméraman monte dans un bus ; Gilles, s’asseyant de telle façon qu’il pourra le voir descendre le moment venu, commence très sommairement à lire le carnet noir. Une page seule suffit à lui faire comprendre que toute cette histoire ne trouvera sens qu’à la condition de la retrouver, elle. Le caméraman est descendu trois stations après. Gilles n’a pas jugé bon d’avoir à le suivre. Il connaît, pense-t-il, l’adresse de la fille. C’est elle qu’il doit à présent retrouver.

Vite, il retourne au 34 rue de Noailles, entre dans le hall, cherche sur les boites aux lettres qui parmi les occupants de l’immeuble peut se prénommer Isabelle. De ce qu’il a lu dans le carnet, il sait qu’elle porte ce prénom. Malheureusement, il n’a pas son nom, frappe à la porte du concierge pour se renseigner.

« Mince !! », se dit Gilles à la suite de ce que le concierge lui apprend. La femme dont il lui a parlé n’habite pas l’immeuble. À l’écouter, il s’agit d’une cliente du docteur Spantolli, le nutritionniste qui consulte au deuxième étage. Sans plus d’informations, Gilles va alors faire pendant plusieurs jours le pied de grue devant l’immeuble en attendant de la retrouver, elle. Pour l’occasion, Gilles a dû prendre sur ses congés pour se dégager le temps nécessaire. Graphiste de profession, Gilles dut promettre à son patron d’avoir à travailler d’arrache-pied pour rattraper le retard occasionné par cette absence imprévue.

Enfin, un jour, un mardi vers 10 h, il croit l’apercevoir. Par acquit de conscience, il se lève du banc, fait plusieurs pas pour s’en assurer : oui, c’est bien elle !! Son soulagement est immédiat. Bientôt, espère-t-il, il saura !!

Déjà plus de quatre jours maintenant qu’il lit et relit le petit carnet noir, au point, disons-le, de quasiment le connaître par cœur. Dedans, Isabelle y a consigné ses moindres faits et gestes, jour par jour, heure par heure même. S’y dressent ses sentiments, l’intime description de ses humeurs, de ses joies, de ses espérances et de tout ce qu’elle est, pense et espère. Gilles y plongeant, encore et encore, n’a pu que tomber amoureux de cette femme. D’où l’envie de la retrouver, de lui parler, de faire en sorte de mettre à la comparaison ce qu’il a compris d’elle et ce qu’il espère en admirer, pour de vrai.

Ce carnet, c’est le descriptif d’un idéal. Celle qui le rédigea dit tout de sa recherche effrénée des sentiments qu’elle entend se voir porter pour réussir, un jour, à trouver l’amour. Ce que Gilles en comprend de ce long inventaire, c’est ça : une femme, romantique, soucieuse d’amour, listant à n’en plus finir ses attentes, son vouloir, le contenu de ses rêves pour être sûre de ne rien rater de la grande rencontre qu’elle espère.

Il est à nouveau là, posté sur le banc duquel il regarde l’entrée de l’immeuble depuis plusieurs jours. C’est hier déjà qu’il l’avait revue pour la première fois. Enfin, elle sort de l’immeuble. Il est 10 h 40, Gilles a les jambes un peu branlantes à cet instant. Maintes fois vint à son imaginaire la répétition de cet instant, celui à compter duquel il faudra aller lui parler, qu’il ne sait trop s’il pourra s’en montrer digne, si les forces n’iront pas en lui manquant alors que c’est maintenant que tout est à faire.

Quelques mots pour se présenter. Très vite, leurs regards plongent l’un dans l’autre, se chargeant de tout se dire. Elle a de grands yeux verts admirables à regarder, pense-t-il. Elle, désireuse d’un peu plus en apprendre sur lui, l’écoute. Il est hésitant, il la touche par ce constat de ses sensibilités craintes. Ils décident d’un peu plus prolonger la discussion devant un verre, dans le café tout proche de là. Lui, amoureux d’elle, pour ce qu’il en a lu ; elle, cherchant à savoir si tout ce qu’elle a écrit, si tout ce qu’elle espérait voir s’accomplir, saurait trouver réalisation ; voilà ce qui, individuellement, les motive, en plus de cette évidente attirance dont il faut, pour chacun d’eux, se faire le plaisant exécutant.

À croire, se convint-elle, qu’il fallait qu’elle le perde ce carnet. À croire, pourrait-il poursuivre, qu’il fallait qu’il le trouve.

Elle et lui s’interrogent. Ils n’en comprennent que le plaisir mutuel du pourquoi à leur rencontre ; faibles éléments d’un grand jeu de hasard dont ils savent être bénéficiaires. Tout au long de cette histoire, c’est un peu de ça qu’il ira, de cet immense va-et-vient des êtres entre eux, grande loi des attractions mutuelles dont on se convint d’avoir à tout comprendre et pouvoir tout envisagé. Ce n’est là qu’illusion : ce qui pousse à l’attirance, ce qui unit les hommes entre eux n’existe qu’en conséquence, on s’en fait les observateurs, les profiteurs ; mais jamais nous ne pouvons tout en comprendre.

Pour ne pas la brusquer, il a commencé par lui parler de leur drôle de rencontre à distance, lorsque l’observant de loin, il avait vu le petit carnet tombé, l’avait ramassé, lu, puis en était tombé comme amoureux. Les détails complets, qu’il s’agisse d’un homme ayant suivi une femme qu’accompagnait un homme, tout ça, il n’osa trop en dire, de peur de l’effrayer. Il s’est juste contenté de dire qu’il avait vu le carnet tomber sans possibilité de le lui rendre plus tôt, son train prêt à partir d’ici peu ce jour-là. Concernant cette histoire d’un homme qui la filmait en pleine rue, pendant qu’ils discutaient, elle n’eut, à son tour, pas le courage de tout dire. Elle aidait un ami de son cousin, élève dans une école de journalisme, à ce qu’elle expliqua. Lui, l’écoutant servir pareille explication, ne dit trop rien de ses doutes. Vu l’âge de l’homme qui la filmait, vu la complicité qu’il pouvait y avoir entre eux, il ne peut croire qu’il s’agissait d’un élève en école de journaliste faisant un devoir pour son cours d’images. Qu’importe au fond pour eux tous ces non-dits à ce stade de leur relation. Le mystère, ce qui se suppose concernant les cachotteries possibles de l’autre, sa vie d’il y a peu, tout ça est de nature à susciter le secret, à faire travailler les imaginaires amoureux. Alors mutuellement, ils se satisfont de ce que l’autre a pu dire.

« Et vous en avez pensé quoi de ce que vous avez lu ? lui demande-t-elle, un peu inquiète tout de même.

— Oh, j’ai adoré !! Même si je n’ai pas tout compris !! Pourquoi avez-vous fait ça d’ailleurs ? Tout écrire de sa vie, de ses espoirs, de ses actes, c’est bizarre !!

— Que je vous explique : je sors d’une histoire compliquée et l’homme qui m’a quittée ne m’a rien expliqué du pourquoi à ses envies de rupture. J’étais encore amoureuse de lui quand j’ai commencé ce carnet, et j’étais convaincue que tout était de ma faute, qu’il y avait dans ce que je suis, dans mes habitudes même, quelque chose qui lui avait déplu. Si j’arrivais à savoir quoi, je me donnais la possibilité de le corriger, histoire de ne plus vivre une telle déception… C’était ça mon objectif de départ en fait !!

— Étrange !!

— Oui, et un peu bizarre aussi !! Enfin, je pense. Surtout qu’aujourd’hui tout ça me semble lointain. J’ai l’impression que je ne suis plus amoureuse de lui, c’est pour ça !! S’il m’a quittée c’est qu’il le voulait et plus le temps passe plus je me dis que c’est mieux ainsi. Mais, je prends plaisir à l’écrire tous les jours ce carnet. C’est un peu devenu une habitude qui me soulage à présent. C’est agréable, vous savez, de se regarder vivre, de noter ses joies, ses bonheurs ; de coucher sur papier le fait de ses souffrances, tout ce qui blesse votre âme. En un sens, tout ça aide un peu à guérir ; en plus, ça aide à un peu mieux garder la tête froide. Parce que c’est l’un de mes défauts ça ; à présent je le sais : j’ai certainement trop tendance à vite m’emballer en amour. Je suis un peu cœur d’artichaut comme on dit. C’est aussi ça que Vincent me reprochait. À présent, s’il m’arrivait d’avoir à vivre une autre histoire, enfin du type de celle que j’ai eue avec lui, je pense que je ne referais pas cette erreur. Tout ce que j’ai écrit sur moi dans ce petit carnet depuis notre séparation me l’a prouvé : il m’arrive d’être trop excessive, trop entière, de trop chercher à forcer le destin, de ne rien admettre du cours naturel des choses. Enfin, tout ça pour dire qu’à la longue, je pense avoir continué à écrire ce carnet pour cette raison-là : pour le plaisir que j’y trouvais, histoire de toujours mieux se connaître pour soi et plus uniquement pour avoir à plaire. C’est un peu pour ça que je vous disais que la démarche de ce petit carnet est peut-être un peu bizarre. Il y a sûrement d’autres moyens pour en apprendre sur soi à mon avis. Mais bon, je continue à le faire. Compliqué, non ???

— Un peu, oui !!

— C’est un autre de mes défauts ça, voyez-vous !! J’ai tendance à tout compliquer !! Enfin mes explications vous le prouvent, n’est-ce pas ?? En général, les choses sont simples puis je vous les explique et là brusquement, vous vous rendez compte que vous n’y comprenez plus rien. »

Il la regarde ainsi se débattre en arguments, se déprécier, s’en justifier de son incompréhensible dédain la concernant, et il ne peut arriver aux mêmes conclusions. Toutes ces explications ne lui sont pas si déplaisantes. Sur lui, tous ces mots ont comme un effet jouissif. Ils l’aident à un peu plus en savoir sur elle, à mieux se faire aux beautés de ce que sont ses défauts. Il l’avait découverte sensible et belle en sentiments dans ce qu’il avait lu d’elle. À présent, c’est sa fragilité qui attire ses sentiments. Fragilité de ceux qui manquent de confiance en eux, êtres inaptes à se rendre compte que ce qu’ils savent faire n’est pas si commun ou inutile que cela, qu’il s’agit là de belles choses même !!  C’est ce qui fait d’eux des êtres si singuliers, réellement beaux.

 « Non, pas d’accord avec vous… »

Il a bien vu que cette modeste phrase lui a brusquement fait détourner le regard, pour ne rien lui montrer de ce que pareille objection provoque comme déception. Le concernant, lui, c’est à cette suite de petites choses qu’il continue à se dire qu’entre eux, peut-être, il pourrait y avoir plus qu’une discussion des plus banales. Il est empli d’espoir, le bonheur le submerge à ainsi pouvoir conclure que les petits détails l’informant des sentiments qu’il lui porte sont en aussi grand nombre.

Qu’elle se détourne de son regard l’indispose à son tour. Il se croit blessant, cherche très vite à sortir des ambiguïtés que son début de phrase a provoquées.

« … enfin, en ce qui me concerne, je n’ai pas trouvé que ce que vous avez dit était si incompréhensible que ça !!!! », se reprend-il.

Ouf !! La voilà rassurée. Ce n’était que ça cette objection. Elle revient à son attention, n’ayant plus crainte aucune de recommencer à le regarder dans les yeux, qu’ainsi passe entre eux tout ce qu’ils éprouvent mutuellement.

Une première fois, l’approche entre eux ressemble à celle de deux amants cherchant maladroitement à s’embrasser pour la première fois.

Il n’y a plus entre eux qu’un très faible espace. Plus rien ne compte à cet instant que s’approcher de l’autre, histoire de se l’approprier par des gestes, au renfort de leur jouissance. Ils sont tout entier instrument d’un désir, simple exécutant d’une attraction qui les dépasse, les transcende, permette qu’ils jouissent, littéralement, de la présence, de la sensation, de l’autre.

Brusquement, une voiture-pompier arrive dans la rue. Sa sirène, d’abord lointaine, puis, progressivement se rapprochant ; avertissant des folles allures auxquelles tout ça se passe, résonnait comme un rappel au monde.

Un serveur était là aussi, tout à côté d’eux. C’était le monde des autres qui, une fois de plus, les rattrapait ; sorte d’étrange intrusion passant entre eux, histoire que cesse cette attirance les portant à vouloir s’embrasser. S’il n’y avait tout ça, déjà ils s’embrasseraient. Premier des rapprochements de leurs deux corps  que ce baiser, disons-le ; instinct premier bientôt suivi d’autres gestes bien plus intimes.

Et dire qu’il y a moins d’une heure de cela, ils ne se connaissaient presque pas. Seul lui, par ses lectures, en connaissait un peu sur elle et c’était tout. De ça aussi, nous pouvons ici parler. De cette drôle de chose qui peut s’appeler la relativisation des lourdeurs du temps. En un jour normal, lorsque vie commune, voire banale, s’exécute, qu’est-ce qu’une heure ? Un rien ou presque, comme une routine de temps et d’espace, quelque chose qui se traverse, pendant laquelle, on se sait capable de pouvoir réaliser un nombre limité de choses. À la longue, avec l’expérience, on sait même le prédire ce nombre limité de choses. En une heure, on sait qu’il nous est possible de faire telle ou telle chose et pas d’autres ; le temps venant à manquer pour ces dernières, plus exigeantes, plus longues à accomplir.

Ça c’est lorsque la vie est répétition, lorsque l’exceptionnel ne la traverse pas. Mais entre eux, à l’instant même qui les voit s’approcher toujours plus, ne toujours pas oser s’embrasser certes, mais y songer tellement, si fortement en jouir à l’idée même d’une pareille chose ; à cet instant donc, c’est bien l’exceptionnel qui règne. Et là, nul doute !! Lorsqu’un tel moment frappe une existence, il est certain que le temps n’a plus la même lourdeur. Pour eux, il est évident que l’heure venant de s’écouler a valu siècle, pour ce qu’elle put leur apporter ; mais également, seconde, si on s’en tient à l’impression de fugacité que cette heure écoulée installe comme impression dans la mémoire.

Cette fois-ci, ça y est, le désagrément est complet. C’est tout à côté d’eux, au bout du morceau de rue où se trouve le café que cesse la folle course de la voiture-pompier. La sirène, si proche, hurle atrocement. Ils se détachent un peu l’un l’autre, cherchent à se sourire. Lui, pose sa main sur la sienne. Nouvel effet sublime pour eux, lorsqu’ainsi ils se touchent. Ce qu’ils ressentent a valeur de retrouvailles ; le temps et ses certitudes s’en trouvent magnifiquement bousculés. L’autre se retrouve pour chacun d’eux comme s’il fallait ici le redécouvrir après une attente infinie, une longue absence. Plus que d’une longue absence, parlons d’une absence de toujours, lorsque chose ou expérience vécue, vous furent maintes fois données en rêve sans jamais se réaliser, puis qui, brusquement  s'offrent à vous. Qu’il la touche a sur elle ces effets : c’est un accomplissement, voilà qu’Isabelle se croit exhaussée ; ses rêves l’envahissent, l’espoir la submerge.

Là encore, parlons à l’aide de ces expressions convenues pour d’écrire l’exceptionnelle chose qu’ils sont en train de vivre. Ce qui existe ici, entre eux, à cet instant, confine à l’évidence. Elle sait, il sait que l’autre est un parfait double, qu’il est cet être tant de fois attendu, celui avec qui on se comprendra parfaitement heureux, enfin complémentaire en amitié, en sentiments et en attentes.

Les pompiers ont cessé l’affreux bruit de leur sirène depuis qu’ils sont montés dans l’immeuble situé au trois de la rue. À présent, ils redescendent alourdis d’un brancard portant un homme allongé que cache une couverture. La troupe du reste de ces hommes suit le plus gradé qu’un lourd sac à dos rend massif en corpulence. Le bruit de leurs bottes cadence la scène d’un son de grondement. Le temps de charger tout ce petit monde dans la voiture et les voilà repartis dans ce brouhaha fait de bruits de moteur, de sirène et de portes qui claquent.

Gilles se lève tout en lui tenant encore la main…

« Viens, je connais un endroit mieux que celui-là !! »

Dans son esprit à elle, il n’y a plus ces histoires de choses à devoir écrire pour se corriger au bénéfice de l’être devant aimer. Seul existe le bonheur de l’instant, la pleine conviction que chercher l’amour n’existe pas puisque cela revient à chercher quelque chose n’en finissant jamais de vous surprendre. Attendu, espéré, voulu ; l’amour s’invite quand il le veut, nous fuyant quand on l’espère, arrivant sans qu’on s’y attende. Chercher pareille chose est si épuisant qu’il est préférable d’être fataliste, de se dire que lui seul décide et pas nous.

Ils sortent du bar, ne pouvant toujours pas se lâcher la main. Quelques pas de plus dans l’avenue de Paris, puis ils tournent dans une rue partant à la perpendiculaire, vers la droite. Là, dans un renfoncement entre deux immeubles, il l’attire jusqu’à elle puis l’embrasse.

Il n’y a plus entre eux les insoutenables retenues d’il y a peu. Cette fois-ci, ils n’ont pensé à rien, ne réfléchissaient plus du tout le temps de faire se rejoindre leurs deux visages. Cette fois-ci, il fallait juste se donner à ce qui se dérobait douloureusement. Cette fois-ci, il fallait agir, sortir du quant à désirer où ils s’étaient enfermés avant cela.

Nouvelle non libre de droit, droits réservés Grégory Vuibout, 2017



mercredi 23 août 2017

Le triangle des prédateurs, format papier






Parution en format broché de ma dernière nouvelle, Le triangle des prédateurs. Le livre est en vente sur Amazon.fr.








mercredi 16 août 2017

Nouvelle parution

Parution d'une longue nouvelle sur KDP. Son titre est Le Triangle des prédateurs. Cette parution se fait dans le cadre du concours d'écriture Les plumes francophones 2017 organisé par Amazon.
A noter qu'une version brochée de ce livre est en cours de publication. Nous préviendrons sitôt cette publication actée.

https://www.amazon.fr/dp/B074SJLJ1Z


VOIR SUR AMAZON
VOIR LA PAGE AUTEUR DE GREGORY VUIBOUT



 

mercredi 10 mai 2017

Concours de nouvelles

L'une de mes nouvelles concourt . Il s'agit de L'insatisfaction, nouvelle en lice pour le concours de nouvelles de la ville de Breuillet.
Voir nouvelle en ligne
Lien ville de breuillet
Voir blog Myriel qui relaie l'info

lundi 18 avril 2016

Lire en mode streaming

Suite à l'arrivée des éditions Myriel sur l'application youboox, il est à présent possible de lire mes deux livres, Tristes lectures et L'horizon rouge via cette application.
 
Pour apprendre à connaître Youboox voir les présentation suivantes:
Présentation Youboox par ITunes:
Présentation vidéo Youboox sur Youtube:
Présentation Youboox sur le site Youboox:
 
 
 
Pour plus de renseignements:
Site Myriel